La présence à soi et à l’autre : l’antidote à un monde qui tourne fou

La présence à soi et à l’autre : l’antidote à un monde qui tourne fou

La « présence » est un ingrédient essentiel au coaching. Elle est aussi un élément indispensable dans la vie de tous les jours, pour vivre, partager, entrer en relation, aller à la rencontre de l’autre, en profondeur. Dans ce monde qui tourne fou, elle permet aussi de dépasser les traumatismes et de ne pas perdre la tête.

Pour les coachs professionnels, la Présence représente le Graal. Sans une présence intense du coach, pas de coaching réellement puissant. C’est là, sans doute, l’ingrédient indispensable: bien plus que tous les outils (tirés de l’Analyse Transactionnelle, de la Programmation neuro-linguistique, des théories managériales, etc.), qui sont certes très utiles, mais totalement insatisfaisants s’ils ne sont pas soutenus par une présence « transcendante » du coach.

Et cette présence, elle est souvent mise à mal par le désir (légitime) de performance du coach.

Oui, le désir de performance est l’ennemi numéro Un de la présence. J’en sais personnellement quelque chose : jeune (en expérience, pas en âge  😉 ) coach, je me cramponnais à mes outils comme un naufragé à sa bouée. Je voulais donner à mon coaché le meilleur de moi-même, lui faire profiter des outils les plus indiqués, bref, je voulais être efficace, pour le bien de mon/ma client/e. Cela ne fonctionnait pas trop mal, mes clients se disaient pour la plupart satisfaits, et repartaient avec des pistes d’action.

Et puis, un jour, la catastrophe se produisit. Un imprévu dans mon emploi du temps m’avait empêchée de préparer minutieusement une séance de coaching en entreprise. Ce jour-là, je me suis rendue à mon rendez-vous en me reprochant mon impardonnable amateurisme, ma distraction fatale. Ce jour-là, je savais que je ne serais pas parfaite. Et cela me traumatisait. Evelyne (prénom d’emprunt), cadre dans cette entreprise, en souffrance, en stress, méritait mieux que mon impréparation.

Et puis ce jour-là, le miracle se produisit.

Lâcher prise pour aller à la rencontre de l’Autre

J’avais accepté, à ce moment, que mon coaching ne serait peut-être pas « efficace ». Je n’avais pas d’attente de performance. Je n’étais pas dans la volonté de bien faire. J’avais, heureusement, suffisamment de sécurité intérieure pour accepter cette situation. Je me disais que « ce coaching ne serait sans doute pas le meilleur de ma carrière, mais qu’importe, il y aura d’autres séances ».

Et le miracle se produisit.

En acceptant de marcher dans l’obscurité, j’ai pu laisser émerger l’Autre dans toute son intensité. En abandonnant mon ego, paradoxalement, j’ai été réellement, profondément, entièrement, présente à l’Autre dans sa vérité. En n’ayant aucune volonté, j’ai pu laisser être ce qui était là, à ce moment, pour l’Autre.

Je me suis mise à la disposition de l’Autre, sans m’imposer dans le champ. Et là, j’ai fait connaissance avec mon intuition, avec mon essentiel, avec ma justesse. Je me suis autorisée à prendre des risques. Mes paroles ont été puissantes. Je me suis sentie inspirante, élégante. Je me suis sentie géante, avec la finesse d’une fée.

Nous avons, ma coachée et moi-même, célébré cette séance d’une grande intensité.

Curieusement, je me sentais énergisée. Beaucoup moins fatiguée qu’à l’issue de mes autres séances de coaching savamment préparées.

Je n’avais (presque) rien fait et, en ne faisant rien, en laissant Evelyne découvrir à tâtons ses propres ressources, je lui avais permis de trouver son chemin.

J’étais consciente, dès cet instant, que ma pratique du coaching ne serait plus jamais la même. Jusque-là, j’étais une poule aux oeufs d’or pour les écoles de coaching: j’écumais toutes les formations, je n’en avais jamais assez. A partir de ce moment-là, je me suis montrée beaucoup plus parcimonieuse…

J’avais innové en me contentant d’être à l’écoute de l’Autre et de moi-même. Et innover, comme le dit si justement Michel-Ange, c’est simplement libérer la main du marbre qui la tenait prisonnière ».

Etre présent à soi pour garder le cap

Imaginer qu’il est possible, pour le coach, d’être toujours présent, d’avoir sans cesse cette qualité de présence, est évidemment illusoire. S’imposer cela, en faire une condition sine qua non du coaching, serait un manque cruel de modestie, un aveuglement irréaliste.

Il en va de même dans la vie de tous les jours : parfois, je suis toutes antennes dehors, réceptive à l’autre, capable d’épauler mes proches, mon mari, mes enfants, mes amis, de les écouter de l’intérieur, de les accueillir. Parfois, j’en suis incapable. En tant que coach, je suis également aux prises avec mes troubles intérieurs, mes contrariétés, grandes ou petites. Bien sûr, je pourrai convoquer la conscience acquise pendant mon parcours de développement personnel pour tenter de faire la part des choses, prendre du recul, démêler mes propres émotions de celles de mon client ou de ma cliente.

Mais il n’empêche : on ne peut accueillir l’autre que dans la mesure où l’on s’accueille soi-même. Et  il arrive que s’accueillir soi-même, ce ne soit pas de la petite bière…

Il arrive que l’on préfère laisser ses émotions au vestiaire, de feindre de ne pas les voir.

Il arrive qu’en tant qu’executive coach, on feigne même de ne pas en ressentir, tant le mot « émotions » reste largement banni de la sphère professionnelle et du vocabulaire de l’homo economicus. On demande du rendement : ce que l’on vit à l’intérieur n’est pas important.

Impensable, évidemment, d’imaginer pouvoir être présent à l’autre si on ne l’est pas à soi, et si on entre dans le scénario « No emotions » de l’entreprise…

Cela dit, les émotions, cela peut être vachement encombrant. Prenons l’état dans lequel j’errais au lendemain des attentats de Bruxelles. Colère, tristesse, peur, sentiment de grande fragilité, d’impuissance totale, de trahison, de dégoût, pitié pour tous ces gens qui, en Irak, en Syrie, un peu partout dans le monde, vivent ce genre de drames tous les jours : tout cela m’habitait entièrement.

Que faire, alors, pour accueillir ses émotions, se mettre à l’écoute de son état intérieur, sans pour autant s’en laisser submerger ?

A chacun sa méthode. La mienne, c’est la musique baroque, dont je me laisse pénétrer. La littérature, qui me reconnecte à mes émotions. Et surtout, surtout, le tai chi taoiste http://www.taoist.org/be/: bien plus qu’une « gymnastique douce », il s’agit d’une sagesse qui m’apaise, m’enracine, m’élève, tout en me faisant bouger au plus profond.

Qu’importe la méthode, pourvu que l’on ne se quitte pas, que l’on reste en connexion avec soi-même, présent à ce qui nous habite et nous anime. Pourvu que l’on tombe les armes, que l’on arrête de se battre avec nos démons intérieurs et ceux qui s’affairent à l’extérieur.

Car, au plus l’on se bat avec quelque chose ou contre quelque chose, au plus on lui donne du pouvoir…

Le coaching n’est pas une psychothérapie, mais il ne lui est pas totalement étranger

Le coaching n’est pas une psychothérapie, mais il ne lui est pas totalement étranger

Tous les coachs qui sont passés par une école de coaching « reconnue » ont entendu ce mantra : « Le coaching n’est pas une psychothérapie, et le coach n’est pas un thérapeute ». Mais tous les coachs qui font le métier de coach le savent bien : la frontière entre coaching et psychothérapie est beaucoup plus ténue et artificielle qu’il y paraît.

J’ai besoin d’un coaching car je ne vois plus clair du tout dans mes projets professionnels. J’aimerais que vous m’aidiez à mettre de l’ordre dans mes idées, à dégager mes priorités.

Cette demande, je l’ai entendue à de multiples reprises depuis que j’ai embrassé le métier de coach. Et j’y ai répondu un même nombre de fois. A première vue, voilà une demande claire: le contrat de coaching sera respecté à la lettre. La déontologie du coach ne sera pas prise en défaut. Il ne s’égarera pas dans les méandres du passé de son client ou de sa cliente, il ne sera pas confronté aux manifestations de l’inconscient.

Foutaises, bien entendu. Si le coach est présent à son coaché, s’il entend ce qui n’est pas dit, s’il voit ce qui bouge sous la surface, sous la peau, dans le coeur, s’il pressent les émotions, s’il en ressent lui-même, l’inconscient ne cessera de se manifester, dans des mouvements de transfert et de contre-transfert qui agiteront le coaché et le coach.

Si le coach est présent à son coaché, il entendra, sous le présent embrouillé, le passé qui s’agite pour sortir de sa tombe. Parfois, souvent même, c’est le coaché lui-même qui s’en ira visiter spontanément son passé, enhardi par l’une ou l’autre question puissante et quelques prises de conscience: surpris par certaines récurrences, curieux d’en savoir plus, avide d’établir des liens, il voyagera entre l’ici et maintenant, et le hier toujours présent.

Si le coach est présent à son coaché, il entendra, sous le présent embrouillé, le passé qui s’agite pour sortir de sa tombe.

Très sincèrement, je me vois mal interrompre ces voyages initiatiques en opposant un « Stop, là nous sortons du cadre du coaching ! ». D’expérience, je sais que ce voyage-là, qui ouvre sur l’imprévisible, l’oublié, le refoulé, est le plus fabuleux qui soit. C’est lui, le plus souvent, qui permet les avancées les plus spectaculaires dans le processus du coaching.

Mais pour « soutenir » ce voyage, pour y accompagner utilement le coaché, c’est bien aux outils acquis durant ma formation à la psychothérapie, et à tout ce que j’ai engrangé durant ma propre psychanalyse, que j’ai recours. Sans eux, je me sentirais bien démunie.

Le coaching n’est pas une psychothérapie…

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit: je n’ai pas dit que le coaching était une thérapie. Cette relation d’accompagnement n’a pas un objectif thérapeutique, et ce même si, le plus souvent, elle a des vertus « collatérales » thérapeutiques. Ce qui distingue le coaching des psychothérapies?

  • Il s’adresse en principe à des personnalités non pathologiques;
  • Il est d’une durée convenue à l’avance (ou à peu près);
  • Il se focalise (en principe) sur des problématiques liées à la vie professionnelle;
  • Il s’intéresse au comment (futur, solutions) et pas au pourquoi (passé, causes).

Tout cela est clair, sur un plan théorique du moins. Le hic : les « personnalités pathologiques » n’ont en général pas l’étiquette « personnalité pathologique » collée sur le front. Certaines pathologies sont discrètes, se confondent presque parfaitement avec une bonne petite névrose « ordinaire ».

…mais le coach devrait être formé à l’approche psychothérapeutique

 Qui pourrait reprocher à un coach, même très compétent, de ne pas avoir repéré la psychose qui se cachait sous l’apparence de normalité de son client ou de sa cliente ? S’il n’a jamais été confronté à ce genre de cas, s’il n’a pas dû se farcir une « bible » de psychopathologie au cours de sa formation, s’il n’a pas dû faire un stage au sein d’un établissement accueillant des patients atteints de psychose, border line ou dépressifs, s’il n’a jamais participé à groupes de partage de pratiques, s’il n’a pas évolué sous la férule d’un psychiatre ou d’un psychologue clinicien pour faire ses armes, comment diable pourrait-il être sûr de ne pas s’embarquer dans une aventure qui pourrait s’avérer fort nuisible pour son client ? Comment espérer qu’il réagisse de manière adéquate si son client ou sa cliente « décompense » en pleine séance de coaching un peu trop « remuante » ?

Et, même si l’on sort de ces situations extrêmes, comment fera le coach pour repérer les résistances du coaché, les manifestations de transfert et de contre-transfert, s’il n’a pas été formé à ces notions, ingrédients pourtant essentiels à un accompagnement professionnel de la personne ? Pour démêler les émotions et les pensées que provoquent en lui les dires de son client, comment fera-t-il s’il n’a pas entrepris un long et exigeant travail sur soi, travail inhérent à la pratique de la psychothérapie, et que l’on n’aborde que très superficiellement et très rapidement dans les écoles de coaching ?

Si le coach n’est pas formé aux notions de transfert et de contre-transfert, comment fera-t-il pour en repérer les manifestations chez le coaché?

« Le coaching se focalise sur la vie professionnelle »: cette affirmation fait sourire n’importe quel coach un peu aguerri. L’être humain n’est pas constitué de strates parfaitement indépendantes, le privé d’une part ; le professionnel, de l’autre. Les deux s’entremêlent, dansent et virevoltent dans un mouvement comparable à celui qui unit le présent et le passé. Quant au fait de s’intéresser exclusivement au comment (et donc au futur,) et non pas au passé (et donc aux causes de la répétition d’éventuels échecs ou difficultés), ce serait comme d’administrer un médicament à chaque fois que quelqu’un s’enrhume, sans se préoccuper de savoir s’il vit dans un lieu à l’abri des courants d’air…

J’aurais donc tendance à partager l’opinion de S. Berglas, psychiatre et chercheur à l’école de management de l’UCLA (1). Il s’insurge contre les pratiques « bricolées » des coachs qui ne possèdent pas une formation psychosociale solide, et qui vendent des solutions simples pour des résultats rapides, en ignorant les éventuels problèmes ou enjeux psychologiques sous-jacents. Selon lui, l’expertise psychologique est un pré-requis absolu au métier de coach…

(1) Berglas S., The very real dangers of executive coaching, in Harvard Business Review, juin 2002.